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Droit d’auteur
Analyse thématique des amendements au projet de loi « Droit d’Auteur et Droits Voisins dans la Société de l’Information » (DADVSI) déposés en vue de la première lecture
L’assemblée nationale examinera demain mardi 20 et après-demain mercredi 21 décembre en 1ère (et unique, urgence oblige) lecture le projet de loi DADVSI. Cet important projet de loi touche à de nombreux domaines, allant de l’exception handicapés aux bibliothèques en passant par les « mesures techniques de protection », telles que les systèmes anti-copie de CD, ou encore la licence globale sur les échanges numériques non-commerciaux. 215 amendements ont été déposés. Le présent document en propose une courte analyse par thèmes. Les thèmes retenus pour l’analyse sont : les bibliothèques, le collège des médiateurs, la constitution de fichiers d’infraction par les sociétés de perception et de répartition des droits d’auteur et des droits voisins (SPRD), la copie privée et les mesures techniques de protection, le droit de citation (en général), le droit de citation d’œuvres d’art graphique, plastique ou architectural, les droits des producteurs, l’exception éducation-recherche, le filtrage, les handicapés, la licence légale radio, les antennes collectives, la redevance sur copie privée, les SPRD, les webradios, les catalogues d’œuvres audiovisuelles et l’INA. Les amendements peuvent être consultés en ligne sur le site de l’assemblée. Bibliothèques9 amendements ayant trait aux bibliothèques ont été déposés :
Ces neufs amendements sont, pour 8 d’entre eux, des copies de deux
amendements créant une exception pour les bibliothèques.
« 8°) Les reproductions spécifiques effectuées, à des fins de reproduction, par des bibliothèques accessibles au public, de recherche ou d’enseignement ou des musées ou par des services publics d’archivé, qui ne recherchent aucun avantage commercial ou économique direct ou indirect. » » reprise, parfois à une coquille près, dans les amendements 81, 108, 116, 117, 123, 162, soit des députés issus de tout l’échiquier politique (les députés PS, PC et Verts les ayant déposés soit au nom de leur groupe, pour ceux qui sont assez nombreux pour en avoir un, ou au nom de tous leurs députés).
« Lorsqu’il s’agit de l’utilisation, par communication ou mise à disposition, à des fins de recherches ou d’études privées, au moyen de terminaux spécialisés, à des particuliers dans les locaux des bibliothèques accessibles au public, des établissements d’enseignement ou des musées ou par des archives, qui ne recherchent aucun avantage commercial ou économique direct ou indirect, d’œuvres et d’autres objets protégés faisant partie de leur collection qui ne sont pas soumis à des conditions en matière d’achat ou de licence. » reprise dans les amendements 102 et 161, respectivement de MM. Dionis du Séjour et Baguet et de M. Dutoit et le groupe communiste La 2ème formulation semble correspondre à un amendement de repli. Elle ne donnerait pas aux bibliothèques toutes les marges de manœuvres nécessaires pour bien remplir leur mission en leur imposant l’utilisation de terminaux spécialisés et en restreignant l’accès à l’intérieur de leur locaux, mais ce serait toujours mieux que rien... Le 9ème amendement, de M. Warsmann, combine exception bibliothèques et éducation/recherche en reprenant pour la partie bibliothèques la première formulation. Collège des médiateurs6 amendements traitent du collège des médiateurs, instance de médiation
sur les questions liées au bénéfice des exceptions :
Ces amendements sont de deux grands types :
Constitution de fichiers d’infraction par les sociétés de perception et de répartition des droits d’auteur et des droits voisins (SPRD)Le groupe socialiste est le seul à proposer un amendement (le n°79) revenant sur l’autorisation donnée aux SPRD de constituer des fichiers d’infractions. L’exposé sommaire de cet amendement est plutôt éclairant : « La réforme de la loi de 1978 par la loi du 6 août 2004 autorise la constitution de fichiers d’infractions au code de la propriété intellectuelle. La création de ces fichiers répertoriant des contrevenants est autorisée au motif qu’elle permettrait de freiner le téléchargement illégal de musique et de films en ligne. Contre toute attente, ce droit a été ouvert à des sociétés privées de perception et de gestion des droits d’auteur et de droits voisins. Cette disposition entraîne trois problèmes majeurs : le premier est technique ; les deuxième et troisième, juridiques. Tout d’abord, il convient de critiquer la fiabilité des fichiers ainsi constitués en raison du risque d’erreur élevé qu’ils présentent. A titre d’exemple, on sait aujourd’hui que la marge d’erreur du système de traitement des infractions constatées est de 25 % bien qu’il soit géré par l’Etat, sous le contrôle direct de l’autorité judiciaire, ce qui n’est pas le cas des fichiers précités. On sait également que ce risque est accru lorsque l’on autorise les croisements de fichiers. Or, en pratique, c’est ce qu’entraîne la disposition contestée puisque sa mise en œuvre repose sur la collecte automatique, donc sans discernement, d’adresses IP répertoriées par des logiciels qui surveillent les réseaux et fonctionnent en monitoring. Deuxièmement, cette disposition constitue une entorse grave à des principes de nature constitutionnelle. En effet, la disposition critiquée autorise des personnes morales de droit privé a effectué, notamment, des rappels à la loi. C’est ainsi que des messages électroniques sont envoyés aux adresses IP, via les FAI, par des sociétés de perception et de gestion des droits d’auteur et de droits voisins à des usagers d’Internet. Or, le rappel à la loi est assimilable à « une sanction pénale » qui, dans le cas d’espèce, est prise en totale méconnaissance de nos principes constitutionnels, puisqu’elle est prononcée par une société privée sur la base d’une présomption de culpabilité établie par des moyens pour le moins discutables. Troisièmement, cette disposition est une atteinte à la liberté de conscience et une atteinte à la vie privée. En effet, nul ne peut, au nom de la défense du droit d’auteur, ni même au nom de la création culturelle, privatiser l’espace public. Pour toutes ces raisons, il convient de supprimer l’autorisation donnée à des sociétés privées de constituer des fichiers de données à caractère personnel. » Copie privée / Mesures techniques de protectionPas moins de 37 amendements ont été déposés sur ce sujet majeur :
Ces amendements peuvent être tout d’abord répartis en deux grandes catégories : ceux qui limitent formtement les effets négatifs de l’interdiction de contournement d’une MTP, notamment sur la copie privée, et ceux qui aggravent la situation. Parmis les amendements aggravant la situation, on peut distinguer :
Ces amendements constituent une menace grave pour tous les développeurs de logiciels (dont ceux de logiciels libres). Ils sont par ailleurs synonymes de traçage généralisé des échanges numériques. Leur rejet est donc essentiel.
En l’absence de dispositions plus favorables à l’interopérabilité, il est donc souhaitable que ces amendements soient rejettés.
Parmis les amendements améliorant la situation, on peut distinguer :
À noter que la formulation retenue par M. Dionis du Séjour est un peu faible : elle reporte les modalités pratiques de la fourniture d’informations à un décret d’applications. La version socialiste semble la plus compatible avec la directive en parlant de « tout développeur » souhaitant mettre en œuvre l’interopérabilité plutôt que toute personne.
La saga de la directive « brevets logiciels » nous a permis d’apprécier la relativité de l’intérêt de ce type d’exclusion « en tant que tel ». De plus, le problème avec les MTP n’est pas tant leur existence - elles existent déjà - que la pénalisation de leur contournement. Mise à jour : bien que la compatibilité de cet amendement avec la directive puisse être mise en question, il semble utile de le voter : il serait, au pire, inefficace.
Cet amendement pourrait être intéressant si le débat tournait, comme c’est malheureusement probable, vraiment mal. Dans le cas contraire, son rejet est à préconiser : il tend en effet à opérer au sein de la copie privée une distinction selon la légalité de la source et à légitimer la limitation du nombre de copies.
À noter cependant que la formulation retenue par M. Carayon en terme de nombre d’utilisations semble contraire à la directive. Il serait donc préférable de se reporter sur l’amendement déposé par le groupe PS. On voit donc que :
Mention spéciale pour le groupe communiste, qui propose de dépénaliser le contournement de mesures techniques de protection, et pour le groupe socialiste, qui propose de créer concernant les MTP un « fair use » à la française. Droit de citationLe droit de citation est traité de manière générale par les
amendements :
On peut s’interroger sur l’utilité de ces amendements. En effet, le droit de citation prévu actuellement par le code de la propriété intellectuelle n’est pas limité au seul texte. Le rejet d’un de ces amendements pourrait-il donc constituer un signal défavorable envoyé aux juges ? Droit de citation d’œuvres d’art graphique, plastique ou architecturalLe droit de citations d’œuvres d’art graphique, plastique ou
architectural est abordé par les amendements :
Ces amendements sont justifiés par les procès survenus ces dernières années pour avoir filmé par inadvertance un bâtiment ou une ouvre d’art, ou pour avoir montré brièvement l’une de ces œuvre dans le cadre d’un reportage annonçant une exposition. L’amendement le plus complet en la matière est celui du groupe socialiste (n°216), suivi par le 105 de MM. Dionis du Séjour et Baguet. Les autres amendements portent sur des points plus restreints (uniquement droit de filmer les œuvres d’art ou de filmer les bâtiments dans la rue, etc.) et pourraient constituer des amendements de repli intéressants. Droits des producteursDeux amendements forts dangereux (n°8 et 9) ont été déposés par M. Balkany. Ces amendements (dont on peut se demander s’il ne faut pas les surnommer « Hallyday ») restreignent en effet fortement les droits des producteurs sans donner une explication convaincante. Leur rejet semble donc important. Exception éducation recherche8 amendements ont été déposés sur ce sujet :
La plupart d’entre eux pêchent par généralité. En accordant une exception pour tous les types d’œuvres, ils incluent les contenus spécifiquement conçus pour l’enseignement. La formulation proposée par le groupe socialiste et les Verts dans les amendements 101 et 120 semble donc souhaitable et les autres à écarter. FiltrageL’amendement n°193 de MM. Martin-Lalande et Richard démontre, s’il en était besoin, qu’il reste des adeptes des lignes maginots sur le net. Cet amendement propose en effet ni plus ni moins que d’analyser les flux pour permettre la recherche d’infractions (il est en cela le complément de l’autorisation donnée aux SPRD de constituer des fichiers d’infraction) et le blocage de trafic. Un amendement techniquement inefficace et dangereux au regard des données qui devront être collectées par des organismes privés pour tenter d’assurer une mission de police. Handicapés12 amendements visant à améliorer l’exception « handicapés » ajoutée au
CPI par ce projet de loi ont ont été déposés :
Certains de ces amendements visent à améliorer les conditions de travail des personnes produisant des versions des œeuvres adaptées à certains handicaps. Elles pêchent cependant en parlant de « version exploitable », terme indéfini. Le groupe socialiste va plus loin en proposant que le dépôt légale soit fait en un format ouvert, au sens de l’article 4 de la loi pour la confiance dans l’économie numérique. Le groupe socialiste propose également de permettre aux personnes morales agréées (qui peuvent être des bibliothèques, des associations, etc...) de financer leur tâches d’adaptation par la vente d’exemplaires. L’adoption des amendements 164 et 215 constituerait donc un important progrès pour elles. Elle serait également un important pas en avant vers la généralisation de standards ouverts d’échanges. Licence globaleSont regroupés dans cette partie tous les amendements visant à une « légalisation » tant de l’« upload » que du « download » (légalisation étant peut-être impropre pour le download, dont la légalité fait débat mais semble réelle). Ces amendements peuvent être répartis selon les types d’œuvres visées. Un premier ensemble s’applique à tous les types d’œuvres ; un second uniquement d’une œuvre ou d’une composition musicale, d’un phonogramme, d’une œuvre graphique, photographique, d’illustration ou de dessin ; un troisième uniquement aux phonogrammes. Un quatrième ensemble comprend un « tronc commun » d’amendements valables pour les 3 alternatives.
Les amendements déposés par M. Nicolas semblent poser quelques pbs. Ainsi, l’agrément exact dont doivent bénéficier les sociétés visées par son amendements 129 n’est pas indiqué. Les autres amendements sont, pour l’essentiel, une version modifiée de la licence globale proposée par l’alliance public-artistes. Les députés socialistes se distinguent cependant en présentant des amendements de repli, restreignant la licence globale à certains types d’œuvres, la version la plus restreinte ne concernant que les phonogrammes. La situation des phonogrames est en effet particulière à plusieurs pointes de vue :
Licence légale radioTrois amendements concernent la licence légale radio, instituée le 3 juillet 1985. Il s’agit des :
mise à jour : Certaines personnes ont attiré l’attention sur certains pbs posés par les amendements 171 et 173 (identiques) :
Aussi, la formulation de l’amendement 170 semble préférable. Antennes collectives4 amendements concernent les antennes collectives :
Ils visent tous à autoriser les foyers d’un même immeuble à utiliser la même antenne collective, sans avoir à payer de droits à une société de gestion collective pour avoir mis en place un réseau de diffusion interne. On peut éventuellement regretter que la proposition ne concerne que les habitations (les immeubles de bureau y gagneraient peut-être également) mais l’adoption d’un de ces amendements de clarification, probablement celui du rapporteur, semble souhaitable. Redevance sur copie privée16 amendements concernent la redevance sur copie privée :
Distinguons tout d’abord les amendements visant à restreindre ou à changer la nature de la rémunération sur copie privée.
Les autres amendements visent à préciser les modalités de répartition de la redevance, à assurer une plus grande transparence de la commission de l’article 311-5 et créent de nouvelles exemptions.
Les amendements 23 du rapporteur et 109 de MM. Dionis du Séjour et Baguet parlent simplement de prise en compte de l’incidence des MTP alors que les députés socialistes précisent que l’utilisation de MTP doit être prise en compte dans la répartition de la redevance entre les ayant droits, tout comme l’amendement 175 de MM. Dionis du Séjour et Baguet
Les amendements du rapporteur et de MM. Dionis du Séjour et Baguet imposent une publicité des compte-rendus de réunions alors que l’amendement socialiste propose plutôt un rapport annuel.
Société de perception et de répartition des droits (SPRD)5 amendements concernent plus particulièrement le fonctionnement des
SPRD :
Les amendements 57 et 199 visent à améliorer le contrôle des SPRD, tant à travers des règles comptables (59 et 213) que par la prise en compte des observations du ministre de la culture (57). Le 199 peut être interprété comme une critique du coût des SPRD. Rappelant que les fonds de soutiens à la création sont de 25%, déduction faite des frais de gestion de ces sociétés, il propose de porter leur part à 30% du fait du niveau des frais de gestion, de l’ordre de 5%. Le 200 concerne, lui, l’accès de tous les créateurs aux fonds de soutien à la création. Certaines SPRD, comme la SACEM, restreignent en effet l’accès à ces fonds à leurs adhérents. L’adoption de l’amendement 200 rendrait illégal une telle obligation d’adhésion. Ce faisant, une pression serait exercée sur les SPRD afin qu’elles définissent des modalités d’adhésion suffisamment séduisantes pour que tous les ayant droits souhaitent en être adhérents. S’il est adopté, cet amendement bénéficiera en premier lieu aux utilisateurs des licences telles que les Creative Commons, incompatibles avec l’offre contractuelle de la SACEM, qui impose de confier à cette dernière la gestion de *toutes* ses œuvres, et qui n’ont donc pas accès au fond d’aide aux auteurs à la création. WebradiosL’amendement 83 du groupe socialiste permettrait de placer les webradios à égalité avec les radios hertziennes. Les radios diffusant sur l’Internet pourraient en effet, si cet amendement était adopté, utiliser la licence légale radio, créée en 1985. Catalogue audio-visuel et INALes amendements 169 de M. Hamelin et 119 de M. Martin-Lalande devraient permettre une meilleure valorisation des catalogues des télévisions et de l’INA. Le premier organiserait une gestion collective obligatoire facilitant la tâche des télévisions. Le second permettrait de débloquer l’accès à de nombreuses œuvres du catalogue de l’INA, bloqué faute de définition suffisante des ayant droits et donc de possibilité de recueillir leur accord. mis en ligne le 19 décembre 2005 par Ludovic PÉNET
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